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EST-RDC : contradiction entre les organisations féminines sur la parité après l’annonce du Gouvernement ILUNKAMBA 1
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EST-RDC : contradiction entre les organisations féminines sur la parité après l’annonce du Gouvernement ILUNKAMBA 1

Par Fréderic Feruzi

L’avènement d’un nouveau régime à la tête du pays, le 24 janvier dernier, a redonné espoir aux tenants de la parité dans les institutions de la république. Depuis, de nombreuses voix se sont levées en direction de nouvelles autorités pour attirer leur attention sur la représentativité de la femme.

L’accord trouvé entre le front commun pour le Congo (FCC) et le cap pour le changement (CACH), le vendredi 26 juillet, au matin, à Mbuela Lodge, fait espérer la sortie imminente d’un gouvernement attendu impatiemment, depuis 6 mois. Le gouvernement Ilunkamba 1 va sanctionner de longues semaines de discussions entre les camps Kabila et Tshisekedi. Pour l’heure, il est difficile de déterminer combien de postes seront occupés par les femmes, dans la soixantaine des portefeuilles annoncés au premier gouvernement de l’ère Tshisekedi. Coté organisations féminines, partisans de quota et de la parité expriment des attentes différentes. Cette différence est cependant de forme, car fondamentalement, ils poursuivent le même objectif : la représentativité effective de la femme dans les instances de prise de décisions, prévue par la constitution congolaise.

Ce que pensent les partisans du quota

Nelly Lumbu Lumbu fait partie des femmes qui ont signé en 2015, à Goma, une pétition pour réclamer l’introduction des quotas, dans la loi de mise en œuvre de la parité en RDC. Responsable aujourd’hui de l’Ong Sauti ya Mama Mkongomani, très active dans la promotion des droits des femmes au Nord-Kivu, sa position est restée la même. Nelly Lumbu Lumbu explique comment plusieurs organisations féminines en sont arrivées au quota : « Les femmes ont proposé ‘le quota’, car il fallait y aller doucement, d’abord le quota 30%, compte tenu du contexte qui n’était pas encore propice à l’application de la parité 50-50 d’un coup. D’ailleurs, les femmes s’étaient inspirées de Kabila à l’époque qui avait proposé 30% »

Bien que le quota s’apparente à une espèce de faveur, laisse croire Eliane Mukeba, experte en droits humains et en politique internationale, qui a lancé, depuis Londres, à la mi-juillet, un appel à la présence effective de femmes dans le prochain gouvernement, maitre Nelly Lumbu Lumbu estime que suivre un processus pour atteindre la parité est une voie privilégiée même par le plus haut niveau des institution du monde : ‘’C’est vrai, nous reconnaissons que la parité c’est une bonne chose. Même au niveau de l’ONU, on demande aux Etats aujourd’hui de pouvoir s’engager sur cette voie-là, d’ici 2030 parité. Si déjà au niveau de nations-unies, on parle de 2030, donc ils ont estimé que ce n’est pas quelque chose qu’on peut obtenir d’un coup comme ça. Ça veut dire qu’il faut qu’il y ait des stratégies qui puissent permettre à ce qu’après une certaine année, on puisse évaluer, pour dire où est-ce qu’on en est ?’’

La stratégie du quota servirait d’une grande opportunité politique aux femmes, soutient Nelly Lumbu Lumbu: « Avec le quota, je sais que plusieurs femmes qui sont-là (les institutions) quand elles vont faire très bien leur travail, elles vont encourager la population de voter d’autres femmes.’’

Toutefois, il suffit encore que le quota soit respecté, souhaite Claudine Kafirongo, présidente de la dynamique femme justice et paix de la Caritas-Goma. Cette femme considère que l’assemblée provinciale du Nord-Kivu, a réservé à la communauté une déconvenue, quand elle a composé un bureau du personnel administratif 100% homme. Elle déplore : « on est étonné de voir qu’il n’y a aucune femme qui a été nommée, et pourtant là ce n’était pas des élections, c’était des nominations. Il n’y a aucune femme qui a été nommée à part le secrétaire rapporteur qui a été élue. Ça risque de nous décourager mais la lutte continue ». C’est aussi la crainte de José Malimukono, qui a géré durant 4 ans jusqu’en Mars 2019, Rien Sans Les femmes, une plate-forme de plus de 160 organisations, prônant l’égalité homme-femme dans les instances de prise de décisions en RDC à tous les niveaux. ’’Dans le passé, Kabila avait parlé de 30%, si ce quota était respecté on aurait déjà assez des femmes dans les institutions. On n’a pas respecté le quota, il y’a eu la loi sur la parité, la loi sur la parité n’a pas été respecté.’’ s’inquiète-t-elle, car Rien Sans les Femmes mise aujourd’hui sur le quota pour intégrer les femmes. José Malimukono dirige actuellement l’ONG ‘Ligue pour la Solidarité Congolaise’.

Pour Nelly Lumbu Lumbu, il y’a lieu de relever ce défi, à condition que la RDC respecte ses engagements internationaux. C’est le cas du protocole de la SADEC, signé par les autorités congolaises. Il prévoit des étapes d’évaluation dans l’intégration de femmes dans les institutions, après chaque période, pour savoir combien de femmes ont accédé dans les instances de prise de décision.

L’opposition de tenants de la parité

Lors de leur rencontre avec la présidente de l’assemblée nationale, à Kinshasa, le 8 mai 2019, les déléguées de la dynamique « 50% des femmes ou rien » du Sud-Kivu n’y sont pas allés au dos de la cuillère, car il faut faire respecter la constitution, selon elles. « Le prochain gouvernement devrait comporter autant des femmes que des hommes” avaient-ils dit à Jeanine Mabunda, à en croire, Caddy Adzuba, l’une d’elles, relayée par actualité.cd.

Au-delà de fonder une société égalitaire entre les femmes et les hommes, la parité aidera la RDC à se développer, selon Eliane Mukeba, citée plus haut. « Une représentation équitable des femmes dans le prochain gouvernement national et à tous les autres postes où l’on décide de la marche de la République est fondamentale et nécessaire pour le développement de notre pays », a déclaré, chez congoprofond.net, l’experte en droits humains qui exhorte d’ailleurs le président Tshisekedi à compter avec et sur les femmes pour moraliser la gestion des institutions et entreprises de l’Etat. Chargée de sensibilisation à la dynamique des femmes juristes (DFJ), ONG-point focal de Rien sans les Femmes, depuis 2019, Générose Wenga, renchérit : « On est citoyennes, nous voulons aussi contribuer à la promotion, contribuer à la gestion de notre pays et au développement ». La DFJ plaide pour la liste zébrée qui s’inspire des rayures du zèbre. Générose Wenga explique que cette forme de parité a réussi, dans plusieurs pays anglophones : ‘’Si on prenait noir-blanc comme homme-femme, homme-femme, vous allez voir que la femme sera aussi représentée de façon paritaire et égalitaire’’

En marge de la sortie de la liste du personnel administratif de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu, le 22 juin 2019, un collectif d’étudiantes et de 6 organisations féminines dont la DFJ ont publié un communiqué pour dénoncer un bureau 100% homme et plaider pour l’application stricte de l’article 14 de la constitution qui prône la parité. « Dans la population congolaise, la femme est majoritaire. Nous sommes nombreuses, nous nous battons pour que notre pays puisse aller de l’avant. Quand il y’a des autorités qui arrivent, vs ns appelez à l’aéroport, nous les accueillons. Maintenant quand il s’agit de prendre des décisions, de faire partie des institutions, vous voulez nous laisser ? Cela n’est pas bon ! Nous voulons à ce que la femme puisse aussi participer à l’évolution du pays parce qu’elle a beaucoup de choses à donner. » avait déclaré Bi Sifa Salumu, l’une des femmes.

L’ère Tshisekedi devrait se démarquer en instaurant un Etat de droits par l’application de traités et résolutions internationaux ratifiés par la RDC, à l’exemple de l’objectif planète 50/50 et la résolution 1325 de l’ONU qui insistent sur l’importance et l’urgence de l’instauration d’une représentation accrue de la gente féminine à tous les niveaux de la gestion de la République, conclut Eliane Mukeba.

Que ce soit Quota ou Parité, les préoccupations des organisations de femmes sont prises en compte sauf que les parlementaires devraient se montrer plus productifs pour inspirer les projets et propositions des lois, a laissé entendre Jeanine Mabunda, lors de l’ouverture, le 17 juillet, à Kinshasa, du dialogue parlementaire en matière de genre. La présidente de l’assemblée nationale a déclaré : “J’aimerais faire échos à nos provinces en faisant témoignages ici, des rencontres régulières que nous avons eues depuis notre accession au bureau de l’Assemblées nationale avec différents forces vives de la nation. Notamment, des femmes du conseil provincial de Kananga, des femmes de la société civile du Sud-Kivu, des femmes du monde académique de Kinshasa qui s’inquiètent de l’état de la non-effectivité de nos lois et même la constitution qui ne permet pas le quota en vue de permettre une émergence plus facile des femmes aux différents rendez-vous électoraux ».

La parité homme-femme dans les instances de prise de décisions peine à être effective, 13 ans après sa consécration par la constitution congolaise. Organisations féminines et experts estiment que cela vient du manque de volonté politique des autorités. L’experte en droits humains, Eliane Mukeba, compte donc sur l’engagement des hommes congolais pour aider la femme à être bien intégrées dans les institutions, car selon elle, comme « les femmes contribuent déjà efficacement à l’économie du pays, les femmes doivent aussi participer activement aux décisions qui se prennent pour la vie de la nation congolaise ». Les hommes engagés, Claudine Kafirongo les appelle ‘’Homme genré’’. Elle se félicite de leur nombre de plus en plus croissant dans le combat de la femme.

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