lundihebdo.com
Thursday, October 2020
Now Reading:
Festival Amani : Au-delà de la chanson et la dance ; « le Lobbying ! »
Full Article 4 minutes read

Festival Amani : Au-delà de la chanson et la dance ; « le Lobbying ! »

Du 15 au 17 février 2019, à Goma, la 6ème édition du festival Amani s’est aussi voulue un espace de pression, à côté des productions artistiques habituelles

Par Fréderic Feruzi

D’ordinaire, on trouve des affiches sur des murs et des stands érigés par des organisations de divers horizons, qui exposent au Festival Amani. De fait, il n’y a pas que des amateurs de la dance et de la musique qui arrivent. Plusieurs autres festivaliers viennent pour découvrir les services ou les activités des maisons de télécommunications, des entreprises privées ou encore des ONG.

En 2019, mouvements citoyens, pétitionnaires, enquêteurs et même des prédicateurs religieux sont entrés en jeu. Chaque partie pouvait faire recours à toutes sortes de moyens pour arriver à ses fins. Tout se passe pendant qu’un artiste se produit sur scène ; le public étant à ce moment-là très important.

Un enquêté déclare : ‘’Alors qu’un groupe de rock terminait sa démonstration sur le podium sud du Festival, vendredi à 14h, j’ai commencé à sortir de la foule et tout à coup, je suis tombé sur un enquêteur. Il s’est présenté, avec badge à l’appui, comme membre d’une maison de formation professionnelle. Dans ses questions, il cherche à découvrir les domaines d’emploi dans lesquels vous voudriez être formés ainsi que les niveaux de vie des festivaliers qui sont représentatifs des couches sociales de Goma, pour aider son ONG à adapter son tarif au marché. L’enquêteur vous négocie même votre numéro de téléphone et votre adresse en vue d’une éventuelle future formation.’’. Ce témoignage d’un festivalier traqué par une startup qui se cherche un marché n’est pas unique. Le même vendredi, Fiston ajoute : ‘’Un jeune homme est venu près de moi, il m’a salué puis s’est présenté comme activiste d’une organisation de la société civile qui milite contre l’exploitation du pétrole dans le parc des Virunga. Il a ensuite sorti une pétition qui avait déjà recueilli plusieurs signatures contre une possible exploitation pétrolifère dans les Virunga. Il m’a négocié de signer la pétition, ce que j’ai fait, sans y avoir vraiment initialement pensé !’’.

Le samedi 16 février, au soir, une colonne des jeunes gens se faufile petit à petit entre les spectateurs, brandissant des affiches sur des papiers A4. Ce sont des activistes du mouvement citoyen ‘’Lutte pour le changement’’. Sur leurs papiers, différents messages pour dénoncer les massacres qui se poursuivent dans le territoire de Beni, en toute indifférence des autorités congolaises et de la communauté internationale qui se sont, pour le moment, limitées à faire des déclarations sans effet, explique à notre micro l’un des porteurs des affiches. Çà et là, on pouvait lire :’’un océan de sang bientôt à Beni ! Paix à Beni ! A quand la paix à Beni ? …’’.

Le plus curieux de tous ces messages, à cette édition du Festival Amani, c’étaient ces pancartes religieuses portées haut dans le public et qui n’échappaient pas au regard. Ceux qui les portaient ne restaient pas immobiles. Ils se déplacent d’un point à l’autre, de la principale entrée du festival jusque devant les principales scènes. Ici on vous lance cet appel :’’Accepte Jésus-Christ aujourd’hui car demain pourrait être trop tard’’, là-bas on vous dit :’’Jésus est le seul chemin qui mène à Dieu.’’.

Cette diversité rencontre pourtant, en substance, le caractère non-partisan du festival Amani. Il déclare sur son site internet :’’Il [le festival] ne soutient ou ne promeut aucun parti, aucune idéologie et aucun mouvement politique.’’ Le Directeur poursuit :’’Nous avons intégré le ‘vivre ensemble’ dans nos valeurs car nous sommes convaincus que c’est l’un des piliers majeurs de la construction de la paix.’’. Le festival Amani qui a réuni à Goma des artistes de 11 nationalités et plusieurs dizaines des milliers de festivaliers a été une réussite, a annoncé lundi, 18 février, le Directeur du festival, Guillaume Bisimwa, lors d’un point de presse en guise d’évaluation.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.