lundihebdo.com
Tuesday, July 2020
Now Reading:
Fistule obstétricale : Un mal silencieux qui déséquilibre encore le quotidien de nombreuses femmes en RDC
Full Article 6 minutes read

Fistule obstétricale : Un mal silencieux qui déséquilibre encore le quotidien de nombreuses femmes en RDC

Par Frédéric Feruzi

Le dernier cas de fistule obstétricale en occident fut soigné en 1957. Pourtant, au 21ème siècle, en 2020, la maladie touche encore des milliers de femmes en Afrique. La RDC reste l’un des pays les plus touchés de la région.

En un langage tout simple, la fistule obstétricale est une blessure consécutive à un long travail fait par la femme pendant l’accouchement. C’est la définition à laquelle adhère Mme Élisée Kakam, coordonnatrice de la zone-Est de la RDC, à l’UNFPA. Elle s’est exprimée lors d’un point de presse à Goma, au Nord-Kivu, ce 23 mai, à l’occasion de la journée internationale de l’élimination de la fistule obstétricale.

Techniquement, la fistule obstétricale consiste en une communication anormale qui se crée entre la vessie et le vagin. Et de façon générale, entre l’appareil urinaire et le vagin, et parfois entre le rectum et le vagin, explique le gynécologue Guylain Nvuama, médecin-directeur de l’hôpital général de référence de Kyeshero à Goma. La maladie pose des problèmes à leurs porteuses, notamment sur le plan social car la personne est discriminée ou stigmatisée, en raison des odeurs urineuses nauséabondes qu’elle dégage. Elle n’arrive en effet plus à maitriser ses urines et dans certains cas, ses matières fécales.

L’origine de la maladie est souvent de plusieurs ordres. Mais, ‘’la cause principale de la fistule obstétricale c’est le travail prolongé qui n’a pas respecté les normes par rapport à l’accouchement’’, indique M. Guylain Nvuama.

Pour en venir à la fistule, il existe des facteurs de risque qui sont également associés aux causes de la maladie, ajoute le médecin. D’abord, c’est le mariage précoce ou l’adolescence qui mène à la grossesse précoce que la jeune fille reçoit avant l’aboutissement du développement biologique de son bassin. Le deuxième facteur, c’est l’analphabétisme et/ou le non-accès à l’information sur la fistule et troisièmement, c’est le système sanitaire sans personnel qualifié pour diriger les accouchements. À cela s’ajoute le problème d’infrastructures pour acheminer par un exemple une femme enceinte qui veut accoucher.

Témoignages de victimes de la fistule à Goma

L’hôpital général de Kyeshero soigne une moyenne de 5 cas de fistule obstétricale à Goma, chaque mois. Mais, ce n’est pas pour autant le seul hôpital spécialisé dans ce genre de traitement dans la ville. Ce chiffre en milieu urbain est révélateur de l’étendue du fléau qu’est la fistule obstétricale au Nord-Kivu, selon le docteur Guylain Nvuama.

Furaha Rusabunga, 40 ans, a souffert de la fistule obstétricale. Cette mère de 13 enfants, habitante du quartier Mugunga, à Goma, a développé la maladie durant 17 ans. C’est à la naissance de son 7ème enfant, dans un centre de santé, qu’elle l’a attrapée. ‘’J’ai manqué, et la guérison et la mort pendant mes souffrances. Mon mari est serviteur de Dieu. Ce statut et vu que mes enfants me soutenaient, il n’a pas su me quitter’’, affirme-t-elle. Grâce à l’UNFPA, elle s’est fait opérer à l’hôpital général de référence de CBCA-Virunga, à Goma.

Âgée de 35 ans, Lukoo Kahindo a développé la fistule obstétricale à son 5ème accouchement. Durant deux nouvelles grossesses, elle a vécu avec les complications liées à la fistule obstétricale avant d’accéder à une intervention chirurgicale contre son mal, avec l’appui de l’UNFPA. Elle témoigne :’’Quand je marchais, je voyais couler des liquides sentant mauvais. Cela m’amener à m’interroger beaucoup sur ce qui se passait. Mais après l’opération, j’ai guéri et ma famille s’en était beaucoup réjoui’’.

Prise en charge des victimes

113 000 femmes ont été soignées dans le monde, depuis 2003, grâce à l’appui de l’UNFPA. Les femmes ont subi une chirurgie réparatrice de la fistule obstétricale.
Pendant ce temps, on estime le nombre annuel de nouveaux malades de la fistule obstétricale entre 50 000 et 100 000 dans le monde. L’UNFPA mène depuis 2003 une campagne internationale d’élimination de la fistule obstétricale à l’horizon 2030.

Cette campagne poursuit trois objectifs : la prévention de la fistule, son traitement et la réinsertion sociale des victimes. Toutefois, pour l’UNFPA, la prévention demeure la meilleure façon de guérir la fistule, fait savoir le docteur Jean-Paul Makaye, spécialiste de la fistule obstétricale à l’UNFPA-Goma.

La prévention et la réinsertion sociale

Il faut prévenir la fistule obstétricale car son traitement coute cher. À en croire les sources du docteur Jean-Paul Makaye, un cas de fistule obstétricale se soigne autour de 600$. Or, l’UNFPA peine à réunir seule tous les moyens pour faire traiter toutes ces malades qui viennent en général de milieux défavorisées.

Le défi à relever est énorme, selon Mme Élisée Kakam. L’ampleur des cas s’illustre par les 300 femmes malades de la fistule que l’UNFPA a fait soigner dans la seule province du Nord-Kivu, au cours de ces trois derniers mois, grâce à un appui de la coopération italienne. Au niveau national, la RDC enregistre chaque année plus ou moins 5000 cas de fistule obstétricale, à en croire des statistiques relayées par l’hôpital Heal Africa de Goma. Il affirme avoir soigné 79 cas dans la ville en 2019.

Pour emmener à prévenir la fistule obstétricale, l’UNFPA sensibilise à repousser l’âge de la première grossesse, surtout chez les adolescentes qui sont prédisposées à la fistule, une fois qu’elles accouchent à cet âge, rappelle le docteur Jean-Paul Makaye. À côté de ça, l’UNFPA promeut la planification familiale qui est un mécanisme qui peut aider également à repousser l’âge du premier accouchement, indique le spécialiste.

Réinsertion socio-économique

Dans diverses sociétés en Afrique, la fistule obstétricale est souvent perçue comme un mauvais sort jeté à la victime, soit comme le signe que la femme a été une fois coupable d’infidélité à son mari.

Outre les odeurs nauséabondes que la victime dégage, l’infidélité devient du coup un facteur de discrimination et de stigmatisation au niveau social. L’UNFPA travaille par conséquent non seulement à doter les femmes soignées d’un accompagnateur psycho-social mais encore d’une formation ou un renforcement des capacités, pour les autonomiser.

La réinsertion socio-économique vise entre autres à donner des moyens à la victime de vivre d’elle-même et à la faire accepter une fois encore par la société et notamment son mari, pour les cas des femmes rejetées. ‘’ Dans beaucoup de cas, il a été constaté que ces femmes ayant été abandonnées, ayant été rejetées n’ont plus de ressources et ne savent plus obtenir de quoi survivre au quotidien. Par conséquent, elles se retrouvent dans une situation où elles ont besoin d’une activité qui leur permettrait de reprendre un peu du quotidien de la vie sans avoir à quémander de l’argent’’, explique le docteur Guylain Makaye.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Input your search keywords and press Enter.