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Tuesday, July 2020
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Goma: Les règlements de compte limitent-ils les forces de sécurité ?
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Goma: Les règlements de compte limitent-ils les forces de sécurité ?

Par Frédéric Feruzi

Depuis janvier 2019, une vingtaine d’habitants de Goma ont été tués, notamment dans les quartiers du Nord et de l’Ouest de la ville, à la limite avec le Parc des Virunga. A chaque occasion, analystes, journalistes et même éléments de forces de sécurité ont tenté d’expliquer les crimes par « règlement de compte ».

La version de règlement de compte qui aurait justifié les tueries qui caractérisent l’insécurité à Goma depuis le début de l’année semble avoir été confirmée ce jeudi à Goma, par le vice-président du Cadre de Concertation et de Rapprochement Civilo-militaire du Nord-Kivu. Le major Guillaume Ndjike, porte-parole de la 34ème région militaire, s’est exprimé lors d’un café de presse sur la collaboration civilo-militaire dans la sécurisation de la ville, à l’UNPC-Nord-Kivu.

« Il y’a certaines données qui sont à notre possession en tant que services de sécurité, ce sont ces données qui poussent les services de sécurité à vous dire cela (règlement de compte). » a déclaré le Major Guillaume Ndjike.

Dans l’anonymat, un commandant d’un commissariat de police de Goma, appuyé par l’article d’un journaliste, expliquait après l’incursion sanglante d’hommes armés à Ndosho, en février, que les 5 personnes tuées et les 7 enlevées étaient principalement des victimes collatérales des présumés FDLR qui seraient venus se venger contre leurs collaborateurs qui les aidaient à écouler de la braise à Goma. Les victimes se seraient rendues coupables de n’avoir pas régulièrement remboursé la part qui revenait à leurs fournisseurs.

Une version similaire a été fournie lorsque 3 autres personnes ont été tuées, toujours à Ndosho, environ deux semaines plus tard et le dimanche 24 mars, à Buhene, à la limite entre la ville de Goma et le territoire de Nyiragongo. Dans ce récent cas, 5 personnes ont trouvé la mort et 8 autres kidnappées. Sur terrain, certains témoins avaient parlé d’un règlement de compte à la suite d’une histoire d’amour compliqué entre les criminels et une vendeuse de boisson dans un débit local.

Quand bien même la thèse d’un règlement de compte peut paraitre plausible dans les tueries en série dans 3 mois à Goma, les forces de sécurité ne devraient pas récupérer cet argument pour justifier ce qu’il convient d’appeler ‘faille’ dans le système de sécurisation de la ville, laisse entendre le point focal de la Synergie des Organisations de Droits de l’Homme au Nord-Kivu.

Vicar Batundi déclare : » Il n’y a aucun motif qui peut les (forces de sécurité) empêcher de bien jouer leur rôle. Brandir le motif de règlement de compte, c’est une faiblesse au sein de services de sécurité, et vraiment un échec total. Ce n’est pas à eux de dire ça ».

Vicar Batundi

En effet, avant comme après ces crimesattribués à des infiltrés, les forces de sécurité congolaises n’ont jamais prévenu une incursion ni retracé la fuite de criminels.

Tout appelant à plus de collaboration entre les forces de sécurité, la population et les journalistes pour sécuriser Goma, le Major Guillaume Ndjike a invité quiconque réfutant la version de règlement de compte, à prouver le contraire.  » Lorsque les services de sécurité vous disent, ben, nous considérons cela comme règlement de compte, vous êtes journalistes, parmi vous il y’a des journalistes qui ont fait le journalisme d’investigation, vous pouvez nous apporter un autre son de cloche(version)…dans notre façon de voir les choses par rapport aux données recueillies sur terrain, nous pouvons toujours nous tromper… », a-t-il expliqué devant la presse.

Pour l’heure, aucun criminel n’a été arrêté après toutes ces tueries. Bien au contraire, plusieurs otages restent en captivité. Les ravisseurs réclament jusqu’à 20 000$ pour libérer 5 personnes kidnappées lors de l’opération de Buhene, dimanche soir.

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