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Saturday, October 2020
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Insécurité urbaine dans le Kivu : Quand la justice populaire supplante la Justice
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Insécurité urbaine dans le Kivu : Quand la justice populaire supplante la Justice

Par Frédéric Feruzi

À compter de mars dernier, au moins 21 cas de justice populaire ont été enregistrés de Walungu au Sud-Kivu à Butembo, au Nord-Kivu. La majorité des victimes ont été accusées de vol.

La percée des cas de justice populaire rythme une insécurité quasi-généralisée dans les villes et cités de cette région de l’Est de la république démocratique du Congo, depuis le début de l’année.

Se rendre justice a été dans plusieurs des cas la dernière option pour la population, après de nombreux cris de détresse lancés en vain aux autorités, à en croire diverses sources de la société civile.
Tout en dénonçant cette option qui va à l’encontre des droits de l’homme et de la loi congolaise qui condamnent la justice populaire, certains activistes de la société civile attribuent la multiplicité des cas au dysfonctionnement de l’appareil judiciaire congolais.

Récit de quelques faits

Le dernier cas en date s’est passé à Kyeshero, quartier du sud-ouest de la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Un membre d’un gang dit ‘’40 voleurs’’, a été maitrisé puis brûlé vif par des habitants de l’avenue polyclinique 3, à 4 heures du matin, ce lundi 11 mai. Son gang venait d’opérer des vols dans deux autres avenues.

C’est le deuxième cas en deux semaines à Kyeshero. Dans la nuit du 4 au 5 mai, trois autres bandits ont été tués pour vol présumé par des habitants en colère, sur l’avenue Polyclinique 2, avait annoncé le rapport quotidien de la commune de Goma.

Dans la même nuit, au lac-vert, quartier voisin de Kyeshero, deux bandits armés avaient aussi perdu la vie, tués par des habitants de l’avenue CCLK, en colère. Pour Jules Ngeleza, président du conseil de la jeunesse de Kyeshero, la multiplication de cas de justice populaire exprime la désolation d’une population qui a tant dénoncé l’insécurité sans issue.

Le 29 avril, au matin, un présumé voleur a été tué à Mabanga-Nord, quartier concentrique de Goma. C’était le deuxième cas en l’espace d’une semaine. L’un des jeunes qui organisent la patrouille depuis la dégradation de la situation sécuritaire, avait alors témoigné que la personne tuée faisait partie d’un groupe de 4 bandits armés, probablement venus du camp militaire de Katindo, voisin.

Plus au nord de la province du Nord-Kivu, dans le territoire de Lubero, deux cas de justice populaire ont été signalés à Butembo, en l’espace de trois jours, soit du 6 au 8 mai, fait savoir Ouraganfm.cd. Dans le sud de Lubero, à Kirumba précisément, un cas été enregistré le 1er mai. Un voleur présumé a été tué par la population au quartier Birere.

Dans la province du Sud-Kivu, le plus grand nombre des victimes de justice populaire a été enregistré dans le territoire de Walungu. Dans une interview à la radio Sauti ya Injili de Goma, le président de la société civile de Walungu a expliqué avoir notifié une dizaine de cas entre mars et avril. Son président- Emmanuel Lolage- a fait savoir que les victimes étaient principalement accusées de vol et de sorcellerie. ‘’L’insécurité est généralisée, les autorités au lieu de mener des enquêtes, on se limite à faire des constats, on fait la levée de corps et on enterre, ça passe comme ça. Poursuivre les cas jusqu’au bout pour identifier les auteurs ‘ne se fait pas’. On ne sait pas qui a fait quoi pour le compte de qui, c’est pourquoi les justices populaires continuent’’, s’est inquiété Emmanuel Lolage.

À Lwako, dans le groupement Mbinga-Sud, en territoire de Kalehe, un homme a été lynché jusqu’à la mort par des habitants du village en colère, après la découverte d’un corps sans vie, le 5 mai, renseigne Delphin Birimbi, président du cadre de concertation de la société civile de Kalehe.

Dans leurs différentes alertes sur l’insécurité généralisée dans les villes et cités de l’Est de la RDC, qui fait des morts, des blessés et plusieurs pertes des biens, les structures de la société civile en appellent au renforcement des effectifs de forces de sécurité et aux poursuites judiciaires de bandits qui sont curieusement libérés, quelques temps après être remis à la justice. Pour la société civile, l’efficacité de la police et de l’appareil judiciaire permettra d’améliorer la situation sécuritaire.

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