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Nord-Kivu : Qui a fixé les frais de participation aux examens d’Etat à 42 $ ?
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Nord-Kivu : Qui a fixé les frais de participation aux examens d’Etat à 42 $ ?

Par Frédéric Feruzi

Ces frais ont été à l’origine des stress dans le chef des parents que celui des élèves finalistes à la veille des épreuves préliminaires des examens d’État, édition 2019. L’incertitude était évidente chez plusieurs, et cela non sans conséquence sur la passation des épreuves.

Plus d’un parent est parti se plaindre à l’observatoire indépendant de l’éducation du Nord-Kivu (O.I.E). Bien des parents n’arrivent pas toujours à comprendre les facteurs qui entrent en ligne de compte dans la fixation des frais de participation aux examens d’Etat qui haussent d’environ 5$ depuis ces dernières années. En 2019, ils ont été initialement évalués à 45$, avant d’être ramenés à 42$, après un plaidoyer des représentants de la société civile siégeant avec le ministère de l’éducation et des administratifs du secteur de l’éducation, au comité provincial de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), confie une source de la société civile du Nord-Kivu.

C’est en effet dans ce comité que tout se décide, de frais scolaires à l’organisation dans les écoles voire même l’emplacement de celles-ci dans les entités urbaines et rurales, expliquait, à la mi-février à Goma, la ministre provinciale de l’éducation. Adèle Bazizane s’est, sans surprise, référée à ce comité pour parler de l’origine des 42$. Lors du lancement des épreuves préliminaires des examens d’Etat, au complexe scolaire Theresa Mira, dans la commune de Goma, elle a dit : ‘’Pour cette édition, les frais de participation c’est 37$ plus 5$ de retrait de diplôme, ce qui fait 42$, donc les parents n’auront plus à payer les frais de retrait de diplôme comme les années passées qui s’élevaient à 20$, donc tout a déjà été incorporé dans les frais de participation aux examens d’Etat.’’

Les explications d’Adèle ont beau donné l’origine des 42$ mais sont restées loin de convaincre bon nombre de parents sur la hausse régulière des frais de participation aux examens d’Etat qui ne tient pas compte de la conjoncture socio-économique du pays. Plusieurs d’entre eux doivent payer ces frais alors qu’ils se sentent déjà presque rançonnés par les écoles qui, multipliant des frais en 6ème secondaire, vont amener les dépenses annuelles à au moins 200$ dans certains établissements. Un parent du quartier Mabanga-Sud, à Goma, explique :’’Souvent les soi-disant représentants de parents qui siègent dans le comité y ont déjà trouvé leurs intérêts, d’où ils acceptent les frais qu’on nous demande de payer, sans tenir compte de nos situations sociales’’.

Cette manière de voir les choses est quasiment appuyée par l’O.I.E qui reçoit des plaintes de parents. Sa présidente provinciale, Julienne Kasilamu, qui plaidait le 1er mai pour une dérogation en faveur des finalistes qui étaient nombreux à ne pas atteindre les 42$, avait fait observer : ‘’Il y’en a certains qui ont déjà payé 30$, 25$, 18$, voire même qui n’ont rien payé. Alors, moi je me pose la question si l’on doit fixer les frais sans tenir compte de la situation que les parents sont entrain de traverser’’.

Les 42$, affairisme et conséquences

Pour certains chefs d’établissements véreux, les 42$ n’étaient pas encore suffisants pour mieux tirer profit des frais de participation aux épreuves. Dans une école secondaire conventionnée du quartier Katindo, les autorités ont fait payer aux finalistes 45$, au motif d’y avoir inclus les frais de construction de l’école. Ailleurs, dans la chefferie de Bwito, en territoire de Rutshuru, les chefs d’établissements ont exigé 47$ aux candidats aux examens d’Etat sans autre forme d’explication. Le président de la société civile locale, Jacques Mwana a dénoncé le traumatisme généralisé que ces frais ont causé dans cette zone où le tissu socio-économique a été détruit à la suite de plusieurs années de guerre, avec comme conséquence la paupérisation de la population.

À Goma, un chef d’établissement s’est même, jeudi passé, enfui avec l’argent payé par les finalistes de son école pour participer aux examens d’État.

En termes de conséquences, les finalistes qui n’ont pas été en ordre avec les frais se sont vus réservés un traitement qui ne serait pas sans influencer leur travail. Deux élèves du complexe scolaire Bimenyi qui passent les épreuves au centre Goma 27 ont témoigné : ‘’On nous a fait entrer à 10h le premier jour car, malgré qu’on avait déjà payé, on n’avait pas au centre nos reçus d’admission en salle’’. Une élève du complexe scolaire Garamba n’ayant pas encore atteint les 42$ et qui travaille au centre Goma 14, reprend le même témoignage qu’elle était entrée à 10h moins, au premier jour. Or, lors du lancement des épreuves, le représentant du gouverneur, le ministre provincial de l’administration du territoire avait fixé à 4h, la durée de l’épreuve de dissertation qui avait commencé à 9h.

Ces dérapages qui ne seraient qu’un échantillon ont fait fi aux sanctions annoncées par la ministre provinciale de l’éducation. Adèle Bazizane, a dit jeudi matin :’’Ce sont les inspecteurs qui font la police dans le secteur de l’enseignement, si une fois nous avons un rapport bien documenté, nous ne cesserons de sanctionner car les sanctions, on ne peut pas crier ça aux médias, mais on n’arrive quand même à sanctionner’’.

Cette année, les trois provinces éducationnelles du Nord-Kivu ont aligné 47 635 finalistes du secondaire et 182 candidats finalistes du cycle court, répartis dans 145 centres de passation d’examens. Leurs épreuves consistent en dissertation et rédaction, épreuves traditionnelles des options techniques, épreuves orales de français et épreuves de la pratique professionnelle, durant 12 jours.

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