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Thursday, October 2020
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NORD-KIVU GOMA: A QUAND LA RECIPROCITE DANS LE COMMERCE TRANSFRONTALIER AVEC LE RWANDA ?
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NORD-KIVU GOMA: A QUAND LA RECIPROCITE DANS LE COMMERCE TRANSFRONTALIER AVEC LE RWANDA ?

Par Fréderic Feruzi

Cette question préoccupe de plus en plus les habitants de Goma. Plus d’un analyste s’inquiète du trafic en sens unique des marchandises vers la RDC (Goma et Bukavu). La question est revenue à la surface quand la mairie a décidé en juillet 2019 de déguerpir les marchés pirates au bord de rues de la ville.

A la petite barrière Congolo-rwandaise, où passent plus de 40 000 personnes chaque jour, selon le PFCGL, on peut observer des femmes et des vélos qui traversent avec des bagages vers Goma. Il s’agit en majorité de petits commerçants qui s’approvisionnent dans la ville voisine de Gisenyi au Rwanda, pour écouler à Goma. Ceux qui se rendent à Gisenyi sont souvent main bredouille. Il ne leur est pas permis d’apporter des marchandises à vendre au Rwanda.

Tout le monde observe ce mouvement et certains le dénoncent, mais le coordonnateur provincial du Projet de Facilitation du Commerce transfrontalier dans la région des grands-lacs (PFCGL), Shamard Chamalirwa, y a une autre explication : » Le plus grand problème c’est le conditionnement, c’est la qualité que nous devons proposer au Rwanda, parce que le Rwanda et l’Ouganda ne peuvent pas accepter que nous on leur amène des poissons qui ne respectent pas la chaine de froid. Moi-même, je me pose la question pourquoi cette rupture de la chaine de froid est encore tolérée en RDC or nous sommes en train de lutter contre ça ? C’est la norme qui doit être respectée ! »

Cette explication est toutefois ignorée du grand public. Certains congolais sont donc frustrés de ne pas également aller vendre au Rwanda, d’autres y voient une conséquence de la faiblesse de la RDC dans la coopération sous régionale. Selon Shamard Chamalirwa, un cadre de facilitation du petit commerce transfrontalier, dit RECOS, a été mis en œuvre entre la RDC et le Rwanda, sauf qu’en dehors du problème de conditionnement et de la qualité, la RDC a moins de produits à proposer au Rwanda que dans l’inverse.

Les petits commerçants rwandais et l’ordre public à Goma

C’est à ce niveau qu’on rencontre beaucoup plus d’interrogations parmi les habitants de Goma. Les petits commerçants rwandais apportent des marchandises mais pas pour les vendre à un point fixe : un marché, en l’occurrence. Leurs produits champêtres et les articles ménagers sont colportés d’une rue à une autre, d’un quartier à l’autre, surtout au centre-ville et à Birere, l’ensemble de quartiers commerciaux (Kahembe, Mapendo, Mikeno). A leur passage, des critiques déplorent les déchets non évacués qu’ils abandonnent.

La presse de Goma a pu découvrir l’inquiétude de commerçants congolais sur la circulation de leurs concurrents rwandais, quand la mairie de Goma a lancé l’opération « Goma sans marché piraté », après l’accident qui a tué 7 personnes et blessé grièvement 11 autres, à Birere, le jeudi 25 juillet. La plupart des victimes étaient des marchands qui vendaient le long de la route à circulation abondante, qui mène de l’aéroport international de Goma. Pour le maire de Goma, Timothée Mwissa Nkesse, si ces marchands avaient été dans un marché public, ils ne seraient pas fauchés par le camion-fou qui, après avoir perdu contrôle, avait fini sa course sur des marchands qui vendaient au bord de la route.

La majorité de ces marchands interrogés sur leur résistance à s’installer dans les marchés publics, malgré plusieurs opérations de déguerpissement organisées par les autorités urbaines, ont accusé la présence de petits commerçants rwandais sur les rues de Goma. Une marchande qui a survécu à l’accident de Birere explique : « On nous demande de nous installer au marché de Kahembe, alors que les marchands rwandais vont partout. Ils vendent de la viande, du poisson, la tomate, les épices et ils vous retrouvent à votre magasin, bureau…or ils ne payent même pas les taxes. Mais, nous, on nous demande d’aller au marché or là-bas il n’y a pas de clientèle ! » Une autre femme qui a vécu l’accident, le jeudi soir, déplore : » Ce sont les marchands rwandais qui sont à l’origine des embouteillages le long de nos rues. Quand ils viennent y installer leurs marchandises, nous quittons les marchés pour vendre également à la rue, sinon eux vont vendre plus que nous »

Les inquiétudes de petits commerçants de Goma sont partagées par la société civile de la ville qui explique avoir produit des rapports à la mairie de Goma pour l’inviter à trouver une solution à la circulation de petits commerçants rwandais à Goma. Elle dénonce surtout le fait qu’en plus de produire plusieurs déchets, les petits commerçants rwandais ne sont pas autorisés par leurs autorités de ramener au Rwanda la part des marchandises qui n’a pas pu être vendue au Congo. Ainsi, ils font garder leurs restes dans des ménages de Birere.

Quelle solution à la circulation de petits commerçants à Goma?

« Le Rwanda et la RDC sont des voisins, les rwandais vivent grâce aux congolais et les congolais vivent grâce aux rwandais » a déclaré, le jeudi 1er Aout, à la petite barrière Congolo-rwandaise, une marchande congolaise, quand les autorités rwandaises ont fermé durant une demi-journée leur frontière avec la RDC. Après l’identification d’un troisième cas d’Ebola à Goma, elles ont jugé la menace pesante pour leur population. Cette femme dénonçait cette fermeture car pour elle, elle handicaperait non seulement le petit commerce transfrontalier mais encore affamerait les populations de Goma et de Gisenyi qui vivent dans l’interdépendance sous plusieurs points de vue. La présence de marchands rwandais à Goma n’est pas donc le problème mais plutôt le mode d’écoulement de leurs produits qui soulève la question de la concurrence déloyale.

Un homme que nous rencontrons près de bon voyage à Birere déplore : » On devrait interdire aux marchandes rwandaises d’apporter les marchandises que Ces femmes (les marchandes congolaises) vendent. Celles-ci paient les taxes de la mairie et tout. Mais elles sont concurrencées par les rwandaises qui vendent à bas prix et ne paient pas les taxes. Voulez-vous donc qu’elles ne vendent pas sur les rues ?  Une femme ajoute :  » Si les marchandes rwandaises veulent vendre ici à Goma, qu’elles acceptent donc de travailler dans les marchés publics! » Le service de l’assainissement de la ville de Goma annonce qu’il identifie désormais tous les petits commerçants rwandais avant d’envisager, avec l’aide de services de sécurité, la réglementation de leurs activités au Congo, fait savoir son coordonnateur ad-intérim.

Pour sa part, le maire de Goma a prévenu, lors du lancement de l’opération « Goma sans marché pirate » qu’aucun marchand rwandais ni congolais ne serait plus toléré dans les rues de Goma. Au marché de Kahembe où il a appelé tous les petits commerçants à se rendre, Timothée Mwissa Nkesse a invité les marchands congolais à pouvoir accueillir sans discriminer leurs collègues rwandaises qui viendraient dans ce marché public. Plus de 625 places sont inoccupées dans ce marché. 

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